Lagardère Travel Retail annonce avoir atteint son objectif de ne plus utiliser d’œufs de poules élevées en cage avant 2026. Mais derrière ce chiffre se cache une méthode peu connue et parfois controversée : les « cage-free credits ». Que sont-ils exactement et que signifient-ils pour vous, consommateur ou professionnel ?
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Qu’est-ce que les « cage-free credits » ?
Il s’agit d’un mécanisme financier qui ressemble aux crédits carbone. Un crédit cage-free correspond à 1 000 œufs produits dans des systèmes sans cage. Les entreprises achètent ces crédits pour compenser des achats d’œufs provenant encore de poules élevées en cage.
Concrètement, l’acheteur paie la différence de prix entre un œuf « classique » et un œuf alternatif. Cet argent est reversé à des producteurs qui produisent déjà des œufs hors-cage ou qui se convertissent vers ce mode d’élevage.
Pourquoi les entreprises utilisent ce système ?
Pour de grands groupes comme Lagardère Travel Retail, présent dans 51 pays, trouver des œufs physiquement hors-cage partout, notamment en Asie, reste complexe. Les filières locales manquent parfois d’infrastructures ou la conversion coûte très cher aux petits producteurs.
Acheter des crédits permet de continuer à travailler avec des fournisseurs habituels tout en envoyant un signal économique aux producteurs alternatifs. C’est une solution pratique pour accélérer la transition dans des régions où l’offre est encore faible.
Bilan chiffré : comment Lagardère a-t-il tenu son engagement ?
Selon le rapport de progrès du groupe, Lagardère atteint l’approvisionnement 100 % hors-cage en 2025, un an avant son objectif. Mais le détail importe. En Europe, Amérique, Afrique et Moyen-Orient, les œufs sont physiquement hors-cage.
En Asie, la transition est plus progressive. En 2024, aucun œuf acheté en Asie n’était issu de modes alternatifs. En 2025, 62 % l’étaient physiquement, et 38 % l’étaient via des crédits achetés auprès de Global Food Partners, basé à Singapour.
Qui bénéficie de ces crédits ?
Les petits producteurs d’œufs alternatifs reçoivent des paiements qui compensent une partie des coûts de conversion. Cela leur permet d’être compétitifs face aux œufs issus d’élevages en cage. D’autres multinationales utilisent le système selon Global Food Partners : on y retrouve des noms comme Unilever, Compass Group ou Club Med.
Pour les entreprises, c’est une manière de montrer des progrès rapides sur leurs engagements tout en aidant financièrement la filière locale.
Les objections et limites du procédé
Des ONG et experts saluent l’initiative, mais appellent à la prudence. Il est recommandé de réserver ce mécanisme aux régions où l’offre physique est insuffisante. L’ONG Open Philanthropy estime que l’usage des crédits doit rester temporaire, idéalement moins de cinq ans.
La demande la plus forte porte sur la transparence. Les consommateurs doivent savoir quelle part des approvisionnements est réellement physiquement hors-cage et quelle part provient de crédits.
Et demain : quelle évolution ?
Global Food Partners envisage d’étendre ce système à d’autres filières, comme le poulet et le poisson. Mais le modèle ne doit pas remplacer la construction d’une production locale durable. À terme, la plupart des régions devront produire physiquement des œufs hors-cage pour garantir une transition réelle.
Que pouvez-vous faire en tant que consommateur ou professionnel ?
- Demandez de la clarté. Interrogez les acteurs sur la part d’achats physiquement hors-cage et celle compensée par des crédits.
- Privilégiez les fournisseurs transparents et engagés dans la conversion locale.
- Soutenez les producteurs locaux quand c’est possible. Votre choix accélère la transition sur le terrain.
Le système des cage-free credits est une solution pragmatique pour accélérer un changement difficile. Il soulève néanmoins des questions éthiques et techniques. Restez informé et exigez de la transparence : c’est ainsi que la promesse d’œufs hors-cage deviendra durable et réelle.


